Voilà déjà un an que tout a changé. Un an que je gardais ce texte complètement décousu (j’écrivais quand je pouvais, et j’essayais de raconter le “maintenant” avant de continuer à partir du point précédent) dans mes “brouillons” de mon compte mail. Un an qu’il me narguait de sa police en gras et de son étérnel “(1)”. Alors pour en finir, et pour passer à autre chose, un an après, je vous présente ce texte, brut, sans y avoir touché depuis le 18 mars 2011, comme me l’indique si gentiment gmail.
Parce que je n’ai que ça à faire, autant vous raconter mon histoire. Vendredi matin j’arrive tranquillement au boulot, et je reçois enfin mon “token” (générateur de mots de passe me permettant de me connecter à distance sur le réseau de mon entreprise pour pouvoir notamment consulter ma messagerie à distance). Je suis en train d’installer Windows sous VirtualBox sous Mac avec l’administrateur réseau quand tout commence à bouger. Les premières vibrations sont douces, nous sommes donc loin de l’épicentre (mon expérience depuis 2002 me permet de distinguer les secousses puissantes caractéristiques d’un épicentre proche de celles d’un lointain tremblement). Une dizaine de secondes plus tard, nous commençons à trouver cela bien long. Et voilà que tout bouge d’une violence qui m’était alors inconnue. Les murs se tordent de 50 centimètres, les stores claquent sur les vitres, quelques affaires tombent des étagères. Nous sommes tous les deux recroquevillés par terre, j’ai la main sur mon casque d’urgence, un bruit de vitre qui casse, puis tout s’arrête.
“OH bordel à l’épicentre ça a dû être violent !” est ma première réaction, devant mon collègue apparement indemne.
Notre “assistant manager” vient ouvrir la porte et demande si tout va bien. Nous sommes un peu tous sous le choc. Un rapide coup d’oeil aux alentours pour essayer de voir si aucun appareil ne va propoquer d’incident. Tout a l’air en ordre. Etonnament peu de choses sont tombées. J’essaie de contacter ma soeur qui se trouve chez moi pour la semaine et ma femme dans son immeuble de 40 étages. Impossible d’avoir de ligne, évidemment. Tout le monde se regroupe autour de la télé branchée sur NHK. Les images des tsunamis nous frappent. Et voilà les répliques. Tout le monde cherche à plaisanter mais personne n’a l’esprit. Je passe sur Internet. Twitter est debout, et permet de rassurer rapidement tout ceux qui me suivent. J’envoie un message à ma femme, à ma soeur, gmail est plus fiable que trois opérateurs téléphoniques japonais. Docomo (le orange local) se permet même d’utiliser twitter pour demander aux personnes de ne pas appeller afin de préserver les lignes. Un comble.
Ma collègue russe craque. Elle commence à pleurer quand une réplique un peu plus forte vient secouer pour une trop nombreuse fois le bâtiment. NHK montre les dégâts. L’image est interrompue par toutes les alertes tsunamis, les répliques, et les messages officiels. Ma femme me répond. Elle est coincée au 27e étage de son bâtiment, mais tout va bien. Grosse frayeur. Personne ne sait vraiment quoi faire.
J’arrive à contacter ma soeur par téléphone. Elle va bien et à la maison rien n’est tombé à part ma pile de cartes de visite qui était en équilibre instable depuis un moment. Je lui demande de couper le gaz, mais de toutes façons le gaz a été coupé à la source, les compteurs étant capable de couper les arrivées de gaz en cas de tremblement de terre. Mes parents ont eu vent du séisme, je les rassure en leur confirmant que tout le monde va bien pour l’instant.
Il est déjà 17h. Les informations commencent à être insupportables. Les rumeurs sur Twitter sont d’un goût douteux mais bon, mieux vaut pouvoir en rire. Une vague impression d’alerte nucléaire au détour des images de tsunamis. J’appelle mon ami attaché du CEA à l’ambassade de France à Tokyo. Il est coincé dans le Shinkansen entre Nagoya et Tokyo, sans savoir vraiment ce qu’il se passe et s’il va pouvoir rentrer. Je suis la télé japonaise en streaming tout en suivant twitter et gmail, les services qui marchent le mieux devant les services de téléphones complètement dépassés par la charge. Il commence à faire nuit, je me décide à rentrer. Tous les trains sont arrêtés bien sûr, mais j’ai eu la présence d’esprit de venir au boulot à vélo.
Les routes sont complètement bloquées. A vélo je me faufile sans soucis entre les centaines de voitures coincées. Les trottoirs sont tout aussi remplis de salary-men, télephone portable à la main, dans l’espoir d’entrer en contact avec leurs proches. Des files se forment devant les arrêts de bus, mais les bus ne viennent pas. Les rares cabines télephoniques sont prises d’assaut. Je mets un peu près 20 minutes pour arriver à ma station, et je passe faire quelques courses au supermaché du coin pour pouvoir manger froid – le gaz est vraisemblablement coupé. Arrivé à la maison je retrouve ma soeur et très peu de désordre. Ma soeur avait rangé les quelques affaires qui étaient tombées. Ma femme avait une réunion de prévue à 18h30 avec son client qui occupe le bâtiment voisin, elle est donc descendue par les escaliers du 27è étage, a effectuée une réunion un peu surréaliste et est remontée, quelques provisions en poche pour passer la soirée. Pas d’espoir de voir les trains bouger avant un moment.
Je prépare donc à manger, une simple salade maïs tomate pamplemousse avocat jambon cru, un peu de pain acheté à la boulangerie du coin supporte bien un peu de fromage. La télévision et son flux incessant d’images terrifiantes continue de nous rendre impuissants. Les répliques sont nombreuses et ne font qu’ajouter au stress ambiant.
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Je me lève mardi matin, il est 8h30, notre groupe 4 doit être coupé dans moins d’une heure, je me dépèche de préparer mon petit-déjeuner. Je peux me passer de courant, mais le fait de ne plus avoir d’informations pendant trois heures est un peu dur à supporter. Neuf heures trente et toujours rien. La télévision annonce pourtant que notre groupe a bien été coupé. Ma femme me fait remarquer qu’ils ne parlent que d’une partie du groupe 4. Une annonce extérieure confirme notre exemption pour aujourd’hui. Nous aurons donc la chance de rester connectés ce mardi.
Je regarde les trains qui circulent aujourd’hui afin d’envoyer ma soeur à Osaka. Comme le recommande l’ambassade, ceux qui n’ont rien à faire à Tokyo, n’ont rien à faire à Tokyo. Le shinkansen marche à plein régime aujourd’hui, et il semble possible de rejoindre la gare de Shin-Yokohama relativement facilement depuis chez moi. Ma femme est partie au boulot tranquillement, un peu tendue quand même. Mon ami de l’ambassade m’appelle un peu paniqué, le 4è réacteur a explosé sans que personne ne sache pourquoi. Il panique un peu. Il faut dire que l’ambiance doit être tendue. Ma soeur a fini son sac, je l’accompagne à la gare. Je la serre dans mes bras une dernière fois avant de la laisser partir vers Osaka. Mon ami me rappelle, me demande où est ma soeur, je lui réponds qu’elle est partie, il se demande s’il ne doit envoyer sa copine chez elle à Kobe. Elle semble céder un peu à la panique elle aussi, il me demande d’aller la rassurer. Je passe chez lui, je la trouve dans un état de manque évident de sommeil, en train de faire son sac. Mon ami m’appelle à ce moment là, il arrive.
Il me dit d’aller préparer ma moto, sait-on jamais. Je m’exécute et j’arrive juste avant lui. Nous décidons de mettre sa copine dans un train vers Kobe où sa famile l’attend. Son supérieur éxige sa présence à son travail dès le lendemain. Elle sera peut-être virée le cas échéant. Les radiations sont déja arrivées à Chiba. Je les laisse, je vais attendre ma femme chez moi pendant qu’il l’emmène à la gare. Ma soeur a réussi à prendre un billet.
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Nous sommes a Kyoto. Aujourd’hui c’est dur, très dur. Mes amis sont tous partis.
Et comme ça, d’un coup, le récit s’arrête. Comme si finalement, le futur avait soudain plus d’importance que le passé. Et vous savez quoi? Fuck yeah.