Mon boulot de six ans
Jeudi, septembre 30th, 2004Et voilà, c’est fait, j’ai enfin un diplôme post-bac. Il m’a fallu six ans et quelques mois, mais me voici finalement autre chose que bachelier. Et cela au prix d’une cérémonie aussi ennuyeuse que possible, pour obtenir un petit bout de papier.
「Elle t’avait dit qu’elle serait venue voir la cérémonie, passer dire bonjour, voir son homme en costume, voir le campus, te voir tout simplement, en ce jeudi trente septembre. Et tu repenses à tout ce que tu as pu perdre en la perdant. Mais tu te surprends à te dire qu’il en est mieux ainsi, que, de toute manière, c’était perdu d’avance, et tu te sens plus léger. Peut-être y est-elle pour quelque chose. Cette fois-ci, elle est chinoise, et non coréenne, et elle est venue à la cérémonie. Tu ne l’attendais pas là, et pourtant, elle t’a souri quand tu t’es fait appeler par le directeur de l’école, affublé de son costume ridicule inspiré des universités américaines, avec leur drôle de chapeau carré. Il doit bien avoir un nom, ce chapeau. Tu t’en fiches. Elle prend des photos, une de ses amies filme le tout. Elle te permet de respirer, de penser à autre chose, de te recentrer sur ce que, toi, tu as envie. Simplement. Tu ne la connais que très peu, sa voix a encore des sonorités étranges, inconnues, mais les rares moments passés ensemble furent pour le moins sympathiques.
Tu penses oublier ton échec précédent mais pendant ton absence en France, un courrier te rappelle que tu es officiellement en bons termes avec elle, et elle souhaite te revoir dès que tu le souhaiteras. Tu hésites. Tu ne sais pas comment tu réagiras devant ses yeux, comment elle réagira en te voyant et tu crains de ne pas le supporter, une fois de plus te dis-tu. 」
La cérémonie prend fin sous une flammèche d’applaudissements, rien à voir avec le feu nourri qui s’est déclenché à la dernière cérémonie à laquelle j’ai pu assister, en France. Deux trois photos pour le plaisir, une superbe indonésienne qui me sourit et me félicite chaudement, une sortie par la petite porte pour les diplômés de septembre. Rivaliser avec les milliers de diplômes en mars serait une gageure, et me voici officiellement titulaire d’un merveilleux autographe du directeur.
Joie.
Je rempile pour trois ans, alors pour une cérémonie de clôture, je redemande à voir.
「Tiens, tu devrais lui écrire, pour le panache, pour que tu saches vraiment à quoi t’en tenir avec elle. Pour qu’elle sache aussi. 」