Tremblez, manants !
Jeudi, octobre 28th, 2004Etrange ce sentiment d’inquiétude qui surgit après tous ces tremblements. Le Japon bouge, le Japon est secoué, le Japon a peur. Tout le monde attend le “Big One”, le tremblement de terre qui va ébranler Tokyo. Il faut dire que la situation géographique du pays n’est pas exceptionnelle. En échange, il y a des sources chaudes un peu partout, et un relief propice au ski un peu dans tout le pays.
Résumons la situation rapidement. La faille la plus active qui concerne la région de Tokyo démarre loin dans l’océan et passe près de la baie de Tokyo. Cette faille a craqué maintes fois ces dernières années, loin dans l’océan tout comme proche des terres, par exemple le séisme de Kobe il y a déjà quelques années, causant la mort de plus de 6000 personnes et entraînant un drame sans précédent dans le Japon moderne. Bien sûr, il y a aussi le fameux tremblement de terre de 1923 à Tokyo, qui a détruit toute la ville, surtout à cause des incendies qui se sont déclenchés peu après la secousse. Cette faille n’a pas cassé depuis bien longtemps dans sa partie proche de Tokyo, alors que toutes les autres parties de la faille ont cédé il y a un moment déjà. Les experts tablent sur un gros séisme tous les cent ans environ, et le prochain sera fort. Un géologue disait lors d’une conférence à laquelle j’ai pu assister que il y aurait bien un fort tremblement de terre dans la région de Tokyo, le Kanto, mais dans une ou deux dizaines d’années.
Cela ne rassure pas pour autant. Depuis le séisme qui a ravagé la région de Niigata samedi, il y a eu en gros un séisme “sensible” par jour. Sensible signifiant que l’on sent son popotin se faire masser. Ou alors que l’on commence à ne pas se sentir bien pendant 20 secondes. Si la première fois fait sourire, même une grosse secousse, dès que celle-ci commence à durer, il est facile de paniquer, de réfléchir trop vite à ce que l’on a pas encore accompli. Il faut dire que l’on se sent nettement impuissant dans ces cas-là. Si pour un typhon il suffit de rester chez soi pour s’en tirer sans trop de soucis, un tremblement de terre préferera les gens en dehors de chez eux. Le problème est qu’un tremblement ne prévient pas, alors qu’un typhon est prévisible une semaine ou deux à l’avance, suivant toujours la même trajectoire depuis les tropiques.
Si la dernière fois, j’étais profondément endormi quand je suis arrivé à la même conclusion, cette fois je suis bien conscient, je réfléchis sans sortir de mes rêves. Et le résultat est presque identique. Trop de choses en suspens, trop de choses que je me surprends à trouver futile dans des conditions pareilles. Vivre dans la fatalité rend les choses bien plus simples ; on vit dans le présent, non pas dans un futur hypothétique ou un passé qui ne reviendra plus, on regarde les choses sous un autre jour et tout devient un peu plus limpide, plus clair, plus évident. Demain, tout peut changer. Demain, tout peut continuer comme aujourd’hui. Le fameux “ou pas”.
Alors quand les gens se plaignent de s’être engagé dans la durée, de voir des retards là où ils n’existent pas, de se trouver confrontés à des problèmes simples qu’ils rendent difficiles pour moult raisons alors que tout est pourtant si évident, je n’ai et n’aurai rien à leur dire. Même si j’ai bien envie de leur dire qu’avec un peu de recul tout est plus simple. Je n’ai pas cette prétention de faire mieux que les autres, de faire plus simple que les autres. Moi non plus je n’arrive pas tout le temps à trouver ce recul nécéssaire pour y voir plus clair. Pourtant, mon expérience n’est pas nulle. J’ai pris de nouveaux départs. Changé d’environnement, de relations, je suis reparti de zéro dans un pays inconnu, parfois hostile, mais si généreux. Et encore aujourd’hui, après deux années parfois difficiles, parfois merveilleuses, j’ai besoin de cette idée de défi, d’avoir des objectifs, des buts, des obstacles à surmonter. Et puis finalement je me dis que tout peut se terminer demain. Et qu’aurais-je fait ?
Rien. Les victoires que j’ai obtenues jusqu’à maintenant étaient des victoires sur moi-même. J’ai beaucoup appris sur moi, sur ce que je pouvais faire, sur mes limites. J’ai commis des erreurs, des grosses comme des minimes. Je me suis engagé dans diverses activités, avec plus ou moins de succés, plus ou moins de résultats. Je me suis découvert des côtés que je ne soupçonnais pas, et renforcé d’autres aspects de moi-même. Qu’ai-je fait pour les autres ? Qui ai-je rendu heureux ? Où sont mes amis ? Où sont mes proches ? Pourquoi je ne réponds pas aux attentes des gens ? Pourquoi je n’irai pas voir cette charmante chinoise qui visiblement ne souhaite que me connaitre un peu plus ? Pourquoi je n’ose pas inviter des gens que je connais depuis longtemps mais seulement superficiellement ?
Finalement je ne suis peut-être qu’un égoiste.