Déjeuner surprise

Mardi, novembre 30th, 2004

Tu sors de ta réunion hebdomadaire de recherche, celle où tu racontes ta semaine passée, et là où tu tentes de prévoir ce que tu vas pouvoir faire la semaine d’après. Il est déjà treize heures, tu n’as pas petit-déjeuné parce que tu as eu la flemme d’aller acheter une brique de lait et un peu de pain hier au soir. Tu as faim, très. Un seul café d’ingurgité en lisant un autre manga ce matin, ça ne nourrit pas un homme. Et, pour une fois, tu prends une initiative.

— Tu as déjà mangé ? demandes-tu à “ta” chinoise.

— Non, mais j’ai déjà dit à quelqu’un que tu connais que j’allais manger avec elle, mais si tu veux venir, tu peux.

— OK, pas de problèmes.

— Rendez-vous à 25 en bas de ton batiment alors.

Et tu te demandes quelle sera cette personne que tu connais aussi. Voici ton amie chinoise qui arrive, le sourire aux lèvres, les yeux qui rigolent. Tu avais pensé à sa confidente, cette autre très charmante chinoise que tu croises de temps en temps dans le campus, mais dans ce cas, elles auraient dû arriver ensemble.

— Bonjour, lances-tu.

— Bonjour. Tu sais qui c’est ?

— Non, je ne sais pas.

Elle se retourne et tu suis son regard.

— Non ! Ne me dis pas que…

— Et si.

Et tu vois ta secrétaire descendre les dernières marches qui la sépare de vous. Enfin, tu dis “ta” secrétaire, mais c’est une des trois secrétaires du laboratoire. La plus jeune, elle est juste entre toi et ton amie chinoise au niveau de son âge. Tu l’apprécies. Elle a une voix qui a un tu-ne-sais-quoi qui la rend agréable, puis, il faut le reconnaitre, elle n’est pas moche. Tu savais que ton amie chinoise lui avait déjà parlé, puisqu’elles ont toutes les deux fait des réflexions sur toi à un moment, en citant l’autre comme source de l’information. Mais tu n’avais pas pensé qu’elle aurait eu la même idée que toi. Manger avec une chinoise. Aujourd’hui.

Elles sourient toutes les deux. Tu sens que ce repas va être amusant. Elles parlent toutes deux très facilement, enfin bien plus que toi. Tu aimes les écouter parler. Te laisser bercer par le flot de leurs voix, ce doux flux qui vient caresser tes oreilles. Et en cette douce journée de Novembre, où il fait déjà un peu froid pour saisir le visage mais pas assez pour inciter à rester chez soi, tu aimes cet automne, avec un soleil encore bien présent, ce qui donne des journées très agréables.

Elles te laissent décider de l’endroit où aller manger. Tu hésites entre les trois restaurants dans lesquels tu vas déjeuner quand l’occasion se présente. Et aujourd’hui, tu as envie de ces sobas avec leur friture de légumes. Elles ne connaissent pas cet endroit, pourtant très populaire, et toujours rempli de monde. Enfin, à cette heure, tout devrait bien se passer.

Le restaurant se vide sous vos yeux, et dans ce groupe, il y a une très charmante demoiselle, qui, après deux trois mots, se révèle coréenne. Tu avais dit que tu arrêtais, bordaile.

— Vous voyez, il y a même de très mignonnes demoiselles dans ce restaurant, lances-tu à tes deux compagnes.

— Moui, mais elle s’en va, répond la secrétaire.

— Dans le même temps, vous allez rentrer.

— Ah.

Et elles sourient. C’est décidément facile de passer pour plus drôle ou plus galant qu’on ne l’est, en se raccrochant aux perches tendues facilement par toutes ces demoiselles. Il ne reste plus qu’une poignée de personnes dans le restaurant, et tu commandes ton plat préféré pour vous trois, le Yasai-hakoten, le boite de légumes-friture. Et la discussion parle de tout. Du niveau de japonais de ton amie chinoise et du tien, qui sont, parait-ils, surprenants. Parce que vous connaissez beaucoup de japonais “sale”, de japonais “parlé”, bref, le japonais de “tous les jours”, penses-tu.

Le repas continue tranquillement, simplement, comme il pourrait se passer entre trois amis de longue date. Et il se finira sur des échos de rires, de sourires, et de souvenirs sympathiques. Tu les invites toutes les deux. La secrétaire ne sait pas trop où se mettre, mais elle accepte l’invitation de bon coeur. Ton amie chinoise, elle, te remercie, mais elle ne l’aurait pas fait, c’eut été pareil.

De retour au laboratoire, la secrétaire redevient secrétaire, tu redeviens un “étudiant”, et la journée continue.

Existence

Lundi, novembre 29th, 2004

Au dela des nuages

Vendredi, novembre 26th, 2004

Solitude

Mercredi, novembre 24th, 2004

Point de vue [2e]

Lundi, novembre 22nd, 2004

Epilogue [bis]

Vendredi, novembre 19th, 2004

Dix secondes

Mercredi, novembre 17th, 2004