Au fil des jours, décousu

Mardi, mars 29th, 2005

Tout est à refaire. Depuis le début. Recommencer les mêmes gestes, des centaines de fois, encore en encore, pour retrouver les automatismes, le rythme, les sensations. Sentir le sabre, sentir son adversaire. Sentir ses coups, savoir où ira le regard de l’adversaire dans une seconde. Retrouver une confiance dans ses bras, ses jambes, connaître ses limites. Savoir où ira le sabre après tel geste.

Après quelques mois d’absence du parquet à cause d’une mauvaise blessure au cou, le retour est plus que difficile. Le souffle court, les pieds et les mains en charpie, les bras faibles, rien ne se passe correctement. Quelques coups passent, bien sûr, même contre des plus gradés, pour se rassurer, mais l’impression générale est plutôt catastrophique. Des matchs ridicules contre des jeunes que tu surclassais avant. Dommage. Le chemin est dur, le chemin est long.

Ce sera les pieds en lambeaux, les bras laminés et les mains en sang que tu finiras la journée. Tel un blessé de guerre, tu marcheras prudement, doucement, et tu sentiras tes bras pendant les jours qui vont suivre.

Tu les sentiras plus que tu ne l’aurais cru dès le lendemain, car tu dois aider ta chère et tendre à déménager, après une courte nuit dans ses bras. Elle commence à travailler dans quelques jours, et son entreprise lui offre un logement plus que luxueux (et hors de prix) pour un mois et demi, le temps de savoir où elle devra travailler, Tokyo, Nagoya, Osaka, voire même, l’étranger. Son ancien appartement est minuscule, à peine quatre tatamis et demi, juste de quoi dormir, quelques livres et la pièce déborde. Alors un simple van suffit pour faire entrer toutes ses affaires, elle, toi, et ses deux amis qui sont venus avec la voiture et leurs bras, dont une très charmante demoiselle dont le sourire résonne encore sur tes iris.

Son nouvel appartement impressionne tout le monde par son style, très “design” et son concept de location au mois tout équipé. Une fortune. Avec tout le matériel qui est disponible, l’individu lambda n’a pas les moyens de se payer un tel luxe. Pourtant, elle, qui vient de la campagne chinoise selon ses propres dires, (une ville de six millions d’habitants), reçoit tranquilement les clés de l’appartement, sourit à la personne en charge de l’immeuble, et t’offre tout simplement un verre, dans son nouveau chez-elle. Surprenant. On s’y fait vite, apparement, au luxe.

Une après-midi près du Tokyo Dome, et un repas fort sympathique, chinois, forcément, dans un restaurant à la fois agréable, copieux et bonne ambiance. Certes, tous trois avaient plus tendance à parler chinois que japonais, et cela te remémorrait ces temps anciens où, encore innocent dans ce pays où le soleil se lève à quatre heures trente, tu ne comprennais rien aux dialogues alentour. Alors, simplement, tu as eu recours à ce que l’on pourrait appeler le plan B, le comique gestuel.

Et progressivement, la discussion est devenue compréhensible, la bière dans un premier temps, puis cet alcool chinois au goût si spécial aidant. Finalement, cette souriante demoiselle et son partenaire repartiront l’estomac bien rempli et les lèvres, heureuses. Quant à toi, c’est autour des bras de toute la chine que tu rentreras dans son nouvel appartement, pour vérifier que l’on y dort bien.

Dimanche se fait ciel bleu, température douce, léger vent frais, et surtout, dimanche se munit d’une inviation à un événement de “garden golf” à Odaiba. Le concept est de rendre le golf accessible à tous, en utilisant des boules de billard, des crosses de criquet, et des pots de fleurs. Si cela peut paraitre ridicule au premier abord, finalement, c’est tout aussi drôle que le mini-golf, pour situer. Après, le mini-golf ne plait pas forcément à tout le monde. Bref, sur une étendue verte, légèrement ombragée, avec vue sur la mer et soleil luisant, le parcours est là. Le temps de trouver un endroit où se poser que des amis viennent pour vous tendre une bouteille de rosé en cadeau de bienvenue et pour vous guider vers la nourriture. Yakisoba, yakitori et autres plats de circonstances sont là à dorer tranquillement sur des barbecues préparés pour l’occasion. Merveilleux. De quoi passer un bon dimanche. Une journée agréable, où chaque minute sentait bon les vacances.

Dur retour à la réalité quand le réveil annonce huit heures le lendemain. Tu te dépêches d’enfiler une chemise qui traine par ici, un pantalon par là, et te voilà parti pour la remise des diplômes de ton université. Bien sûr, tu ne recevras rien cette fois-ci, mais le spectacle proposé est toujours fantastique, même sous la pluie, même sans les cerisiers en fleurs. Tu libères ta demoiselle le temps du premier speech, tu resteras dehors à l’attendre quand tu aperçois le gourou de ta secte qui arrive, pour célébrer le diplôme d’une amie commune. Tu lui sers la main avec un léger sourire, tu sais bien que la journée sera longue, et qu’il parlera encore beaucoup. Et qu’il te surprendra encore.

Votre amie commune est magnifique, dans un kimono rose, signé Pierre Cardin. Certes, on a connu plus “traditionnel” comme griffe. Et ses amies le sont tout autant. Scèances photos à ne plus en finir. La cérémonie semble ennuyante au possible, étant donné le nombre de personnes qui préfèrent rester dehors malgré la pluie. On dénote un marginal, en costume doré, une couronne de un mètre de haut sur la tête et un boa rose autour du cou. Cet Elton John ne passera pas les portes de la salle en entier, il se fera simplement congédier par deux ou trois mots.

Une demoiselle parée d’un kimono jaune, arrive doucement, sous un parapluie qui la rend délicieuse. Elle te regarde, te sourit, et te fait un signe de la tête. Tu détournes les yeux pour mieux la fixer. La belle de Cannes est là, à te sourire, et à presser le pas pour venir prendre une photo à tes côtés. Tu es le premier surpris, tu ne pensais pas qu’elle te tenait en si haute estime. Elle reprendra même contact par mail plus tard, pour “absolument s’amuser avec toi”. Tu ne peux que sourire stupidement en lisant ces quelques lignes. Et surtout, ta demoiselle, en tailleur car par convictions personnelles, le kimono lui est interdit, passe à l’attaque, et va se changer, pour revêtir une robe traditionnelle chinoise, celles qui sont fendues jusqu’à mi-cuisse, et qui tendent à attirer le regard de toute la foule alentour quand elle traverse la petite place à ton bras. Toutes recevront leur diplôme et franchiront pour une dernière fois le portail de l’université, te laissant derrière, pour encore quelques années. A les voir tous et toutes franchir une nouvelle étape de leur vie, tu te poses encore plein de questions sur tes choix d’orientation. Certes, tu es bien plus jeune qu’eux, mais tu pourrais déjà faire la même chose, voir plus. Mais tu as choisi cette solution simple, facile, là où tu peux continuer à vivre à un ryhtme syncopé sans aucun problème.

Tu déjeuneras plus tard en compagnie du gourou, de ton coloc, et de ces demoiselles en tenue de cérémonie. Si ces dames finiront par s’excuser pour aller fêter leur diplôme en compagnie de leurs collègues respectifs, vous autres trois mâles continuerez à discuter jusqu’au crépuscule, de sujets très larges, des entretiens d’embauches, des infidélités de votre président au Japon, de la vision à une quinzaine de coups des gens intelligents. (visionnaires, paraît-il).

Le soleil, caché par de lourds nuages qui n’en finissent de déverser leurs larmes disparaitra avant que tu ne puisses te remettre de ces journées intenses, où finalement, tu seras fatigué, mais d’une saine fatigue, celle qui aide à se réveiller.

Nu

Vendredi, mars 25th, 2005

Day #279

Mercredi, mars 23rd, 2005

Jeudi, mars 17th, 2005

お帰り

Mercredi, mars 16th, 2005

Tarte au citron

Lundi, mars 14th, 2005

Elle et Lui

Vendredi, mars 11th, 2005