Moins fois Moins font Plus

Mardi, mai 30th, 2006

Vendredi soir, 16 heures. J’ai récupéré une caméra, à la demande de gcc, il souhaite un enregistrement live de la prestation de DieByForty, ce groupe tragicodramatique grec, avec une pointe de citrouilles écrasantes sur le dessus. Comprenne qui pourra. Je finis de préparer ma basse, je prends celle couleur crème, au manche large, et au son si particulier. J’empile ma boite de direct au cas où, quelques cables, et c’est parti.

Vendredi soir, 18 heures, Shibuya, devant Hachiko, le point de rendez-vous de tout Tokyo. Paco, le batteur du groupe précédent de gcc, à qui l’on doit des titres légendaires comme “Roger le Platane”, vient d’arriver. De réputation, il semble meilleur que Tiquétoune, sur le terrain, devant la caisse claire, sûrement, en tous cas, il a le physique pour. Une semaine au Japon, et pour lui montrer le meilleur de la ville la plus surprenante du monde, un concert d’un de ses amis, avec des chansons en bon français des familles, un public hétéroclite, mais rien de très nippon.

Vendredi soir, 18 heures trente, Shibuya, le RubyRoom. La porte est ouverte, mais l’intérieur est encore en chantier. On pourrait presque marcher dans la sciure, mais le tenancier nous indique que c’était la semaine dernière pour la sciure, que cette semaine, c’est bon. Pas de scène, pas de batterie, pas d’amplis visibles, tout va bien. L’ingénieur du son, titre bien pompeux s’il en est pour un brancheur de câbles non sourd, arrive plus tard, nous laissant le soin de monter une batterie visiblement de troisième main, rafistolée avec des bouts de peaux des animaux sauvages environnants, le tout donnant un son très très vintage, pour rester poli. La petite touche finale reste les deux parpaings sensés empêcher la grosse caisse de glisser, toujours très classe.

L’ampli de basse a rendu l’âme la veille paraît-il, il reste une enceinte au design un peu ancien qui se retrouve assignée à encaisser les ondes graves, avec des dynamiques propres à décoller des membranes de mauvaise qualité. Juste un bouton de gain, il va falloir sortir ma boite de direct, un petit coup de chance d’y avoir pensé, pour donner un peu de chaleur et de rondeur à mes ondes avant de les confier à cette grosse enceinte. Un ou deux réglages plus tard, et ma basse sonne légérement agressive, une bonne petite surprise.

Acoustiquement, il va falloir tenir la baraque, avec les guitares qui se perdent avant d’arriver à Tiquétoune, il n’entend que mes pesantes attaques, ce qui n’est pas plus mal quand on sait la tendance qu’à gcc à utiliser son rythme cardiaque comme métronome. Avec l’excitation d’un concert, on peut s’attendre à quelques emballements peu propices à un rythme constant.

Vendredi soir, 19 heures 30, les premiers clients sont là, nous avions annoncé l’ouverture à cette heure, mais les dirigeants du bar ont l’air de tenir à leur horaire de vingt heures. De toute manière, ce n’est pas comme si tout était prêt. Le personnel finit de transformer un chantier en une salle qui finit par ressembler à quelque chose, avec moins de lumière, quelques bougies, deux trois spots bien positionnés, on s’y croirait presque.

Vendredi soir, vingt heures. Les portes s’ouvrent, et les gens arrivent doucement, goutte à goutte, à la manière d’un filtre à café, la porte demande aux gens de laisser un peu d’argent avant de passer. La salle commence à être bien chaude, la climatisation ne suffisant pas à évacuer pression d’avant concert et l’inquiétude du personnel quant à notre amateurisme plus que visible. Un des barmans, un sosie de Ben Harper, a trouvé mes quelques lignes d’échauffements très sympathiques, et a reconnu Flea en deux trois notes. Soit il est bassiste, soit il est musicien et il connait beaucoup de riffs, soit il a entendu trop de fois les mêmes notes jouées par des wannabe-bassistes tels que moi. Il n’empêche qu’un peu d’encouragement, c’est toujours bienvenu.

Vingt heures trente, environ cinquante personnes dans la salle, il est temps de commencer à jouer. Je joue les premières mesures, seul avec la batterie. Tout se passe bien, les guitares arrivent, et le premier morceau, Résonne, est lancé. Le public ondule un peu de la tête, mais reste un peu froid. Pour des amateurs tels que nous, c’est déjà un bon début. LonelyDonut, le deuxième guitariste, reste un peu dans l’ombre, il faut dire qu’il a le moins d’expérience, il manque peut-être un peu d’assurance. Son volume n’est pas assez fort, je ne l’entends presque pas.

Le deuxième morceau, Elle, démarre un peu vite, et LonelyDonut en oubliera son solo, ce qui ne va pas arranger sa confiance en lui. Le public semble accepter à moitié la tonalité de gcc quand il chante, et la réaction pourrait être plus chaleureuse. Les morceaux s’enchainent, le premier set se termine par quelques reprises classiques, où j’ai réussi à imposer des rennes virtuelles sur tous les autres musiciens, un peu trop enthousiastes.

Pause d’une demi-heure, il fait très chaud, et jouer sur cette scène qui n’existe pas a vite transformé ma chemise en une sorte de réceptacle à sueur improvisé. Le public semble mitigé, il est difficile de se prononcer sur l’état de réjouissance des troupes. Petite bière pour essayer de se rafraîchir, les gens sourient, et gcc, en bon guitariste chanteur, récolte les groupies folles de son corps, à défaut de sa voix. Deux trois remerciements m’arrivent, auquels je ne peux que sourire. Le personnel a l’air un peu rassuré, avec la salle pleine, ils ont fait leur première partie de soirée, tout va bien pour eux.

Deuxième set, avec une partie acoustique, où je n’ai rien à faire sinon un peu de stick, cette technique particulière qui consiste à marquer le tempo en claquant une baguette sur l’armature de la caisse claire. Ce morceau finira par être un duo guitare-batterie, avec trois batteurs. Le public écoute un peu sagement, et il est temps de revenir à des morceaux plus rock.

Pendant que les guitaristes se repréparent (et qui n’a jamais attendu qu’un guitariste soit prêt ?), j’en profite pour placer Congabass, un morçeau de Eric Serra qui est aussi bon qu’inconnu, gisant par hasard sur la bande originale de Subway, un film qui fleure bon les années quatre-vingt. Et le public a réagi plus que sympathiquement, avec un regain d’interêt qui a fait très plaisir.

Les deux derniers morceaux sont arrivés vite, peut-être trop. Le dernier morceau devait comporter une longue intro pendant laquelle je devais jouer la mélodie, et pendant ce temps, gcc présentait tout le monde. Une légère incompréhension plus tard, et le morceau est déjà fini, ce qui nous laisse sans morceau, et toujours inconnus du public. Solution de secours dans ces cas-là, on reprend le premier morceau, et on finit vite parce qu’il faut vider la salle.

C’était bon, satisfaisant, et agréable. Mon son était puissant, agressif, et bien posé, FrontMan m’a félicité, et cela lui a même donné envie de se mettre à la batterie, comme quoi.

DieByForty, une compagnie théatrale spécialisée dans les tragédies gréco-japonaises, sera de retour, bientôt.

PS: si l’on considère l’entorse au poignet droit faite samedi soir, et mon vélo embarqué par la fourière le vendredi matin, globalement, on peut dire que le week-end a été positif.

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