Histoire de foi(e), III
Jeudi, mai 10th, 2007Le dernier jour nous prit par surprise. D’une légère présentation informelle devant des demoiselles, nous voici à devoir présenter notre travail devant tout le milieu de l’infographie coréenne, dans un amphithéatre de 400 personnes, à moitié rempli. Les coréens commencèrent, avec de brèves démonstrations qui “en jettaient”, avec des résumés sur plusieurs années, des plans à long terme, bref, des choses prévues. Et nous autres pensiont être drôles avec nos vidéos stupides de chute à snowboard et autres rien-à-voir-ités. L’heure et demie qu’il fallu aux coréens pour en finir nous permit de changer en panique nos présentations ; il n’y avait rien de tel qu’un peu de stress pour nous remettre dans le bain.
Vint alors le tour de tous mes camarades japonais, incapables de parler coréen, certes, cela allait de soi, mais à l’exception d’un ou deux bien lotti, tout aussi incapables de parler anglais, ce qui ne facilita pas les choses quand il fallut répondre aux questions adroites des professeurs du pays du matin calme. Mes rares collègues non japonais s’en sortirent donc très bien, moult pirouettes et breaks cachouettes plus tard.
L’étape importante de la journée était une visite guidée de la ville, orchestrée par les charmantes demoiselles de la veille. De force, Kim m’avait inclus dans son groupe, et cette fois-ci, Suh allait diriger un autre groupe. Après un repas de midi au R.U., sans alcool la fête est plus folle, l’appel du tourisme était lancé, la pression des présentations envolée.
Petit détour au sein de l’université, et à la sortie de celle-ci, Noori, à mes côtés, me rappellait que je devais offrir quelque chose à ma douce et tendre, en souvenir, et qu’elle connaissait des magasins sympathiques dans le coin. Son sourire aidant, je cédais à la tentation, et me laissa guider dans un magasin d’accessoires dans lequel je choisis une fleur moulée qui ajoutait une touche florale à toute coiffure. Noori semblait satisfaite de mon choix, et nous voilà rendus à courir pour rattraper le groupe qui ne se souciait guère de mes obligations. La plupart des étapes de la visite, je les avais déjà parcourues avec Kim la veille, mais l’ambiance de groupe ajoutait un air de nouveauté bien agréable, et j’étais libre de discuter avec tout le monde, plutôt que d’être admiratif. De plus, la batterie de mon appareil photo avait rendu l’âme, et je ne pouvais donc plus faire semblant de paparazziter tout le monde.
La visite nous emmena donc à la tour de Séoul, dans un village traditionnel ancien, et se termina par un repas traditionnel cette fois-ci, dans un cadre bien plus coréen que je ne l’aurais imaginé. Une sorte de poulet farci au riz dans une soupe spéciale, le tout servi avec de l’alcool de carotte. Copieux, doux au palais, rien d’exceptionnel, mais largement de quoi combler notre soif d’exotisme.
La soirée devait se terminer en beauté, sous une fontaine d’alcool, le meilleur liant entre les peuples. Une vingtaine de minutes plus tard, passées à traverser le centre de la ville à pied, nous voici dans un quartier animé, rempli de jeunes de 20 ans, de couples de 25 ans, de mariés de 30 ans, et de “cherche partenaire” de 35 ans. Les coréens avaient réservé un étage dans un débit de boissons. Dix mille wons, on payait d’avance, et avec ça, ils fournissaient le boire (beaucoup) et le manger (un peu).
Le boire arriva dans des petites jarres, et il s’agissait d’alcool de riz doux, à plus ou moins quinze degrés, qui se buvait très bien. Une heure plus tard, et deux japonais étaient déjà au tapis. Trente minutes plus tard, les japonais encore debout se comptaient sur une main. Les autres dormaient, le visage rouge, bouffi, combattant l’alcool qui leur glissait dans les veines.
A un moment, les coréens s’étaient mis dans la tête d’affronter le Champion japonais. Que le dit Champion fusse dans les bras de Morphée ne les dérangeait pas. Voici donc Champion, les yeux rouges, qui changea de place, de table, pour se retrouver une choppe pleine d’alcool de patate, et un défi stupide -donc immédiatement relevé-. Trente minutes plus tard, alors qu’il était reparti en onirie, il se leva, se retourna, “ouh la ça va pas”, fit trois pas, et passa en mode geyser. Les coréens étaient plus ou moins dans le même état, personne ne prit la chose mal. Deux autres japonais accompagnèrent Champion finir de redécorer de l’émail, et la soirée s’approchait de la fin. Entre temps, la corée avait perdu une poignée de valeureux combattants.
Il restait donc à tirer tout ce monde dehors, dans l’air frais et agréable de la nuit, et à chasser le taxi. Le taxi coréen était une espèce beaucoup plus sauvage que dans le reste du monde. Les chauffeurs n’hésitaient pas à choisir leurs courses, à prendre plusieurs groupes en même temps (et chaque groupe paie autant). Le taxi qui voulut bien nous prendre, alors que nous étions avec un coréen pour nous aider, n’hésita pas à couper le compteur “parce que je conduis un break, je vous le fais à vingt mille wons”, la course ne devant pas dépasser les trois quatre mille en temps normal.
Quelques heures plus tard, je me trouvai un siège dans une aire d’attente de Séoul Gimpo, et voilà que la personne à côté de moi commença à essayer de me sauver, à m’expliquer que bientôt Dieu allait tout remettre à zéro, et que le seul moyen de s’en sortir était de devenir témoin de Jéhova, à attendre avec eux. Je ne lui répondis pas que je préferais agir de moi-même plutôt que d’attendre la réamorce du système divin. Je ne lui répondis juste que
-I am no believer.