Hey, you! Where have you been?

Trois ans sans tâter le bambou, sans sentir l’indigo de mon hakama déteindre sur mes jambes, sans sentir le poids du masque sur la nuque, et les coups sur la tête. Il a fallu un peu de motivation, deux trois rencontres avec des anciens qui n’ont pas manqué de chambrer yours truly, l’achat d’un nouveau sabre, et me voici reparti dans la ronde.

Chaque mouvement doit être répété maintes fois. Men, kote, do, enchaînements, parades. Et la température qui ne baisse pas. L’armure se fait pesante et l’air ne circule pas.

Vient l’heure des combats libres. Je salue cet homme qui est né pour porter l’armure. Celui qui m’a donné envie de me mettre à cet art martial où les coups sont portés avec classe et panache. Celui avec qui les combats sont toujours intéressants, il est capable de prendre du recul sur les traditions, et pratiquer un kendo un peu plus aérien, plus prestige, et je le lui rends bien.

Le taiko résonne, une charmante première année, visiblement trop fatiguée pour combattre, marque d’un coup ferme le début de cinq minutes de bonne ambiance. Je lance un coup, il pare, il lance un coup, je pare. Quelques secondes pour se repositionner, se dévisager. Il attaque, il arrive au corps, je recule, je me prends les pieds dans mon hakama, je tombe en arrière sans penser à protéger mon masque. La sanction ne se fait pas attendre : le voilà qui m’achève d’une frappe religieusement placée pour me fendre le crane, sourire aux lèvres. OK. Point pour lui, et sourire pour nous deux.

La différence de niveau est telle que dans le meilleur des cas je pourrais lui voler un point sur une erreur de sa part, et lui m’en mettrait une dizaine s’il ne préfererait pas prendre du bon temps.

Le taiko résonne de nouveau. Deux coups pour signifier la fin du combat. Salut comme il se doit et vient le moment du débriefing, où le senpai, l’ainé, fait part de ses impressions.

— Pour trois ans d’absence, c’est très bon. Tu serais pas devenu un peu meilleur sur tes Men par hasard ?
— Je n’ai plus qu’à arrêter vingt ans alors, je serais imbattable.
— Enfin c’était sympa. Mais comme d’habitude, c’est moi qui ai gagné, plaisante-t-il.

Le réveil le lendemain fut douloureux. Mais étrangement serein.

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